Vous préparez une sortie en montagne pour l'automne ? Ne confiez pas votre tracé à ChatGPT. Cet été, à Cauterets, des randonneurs sont arrivés à l'office de tourisme avec des cartes fantaisistes, et deux jeunes femmes ont fini perdues et épuisées. L'IGN et les guides expliquent pourquoi, et quoi utiliser à la place.
En bref
- En juillet, deux randonneuses guidées par ChatGPT ont été retrouvées perdues et épuisées sur les hauteurs de Cauterets.
- Cartes IGN et Ma Rando, deux applications gratuites, offrent respectivement plus de 6 000 et 7 500 parcours.
- Emportez une carte IGN papier, un altimètre et une boussole : téléphone à plat, elle aide à trouver cabane ou refuge.
Le chiffre clé : près de 11 000 euros, coût moyen d'un secours en montagne pour la collectivité, selon la Cour des comptes.
À Cauterets, des tracés fantaisistes arrivent à l'office toutes les semaines
En juillet, un agent du parc des Pyrénées a retrouvé deux jeunes randonneuses épuisées et perdues sur les hauteurs de Cauterets, dans les Hautes-Pyrénées. Leur point commun : elles avaient demandé leur itinéraire à ChatGPT. Ce n'est pas un cas isolé. Plusieurs randonneurs ont connu des mésaventures cet été après avoir planifié leur sortie avec l'intelligence artificielle.
« Cet été 2026, on a vraiment vu toutes les semaines des randonneurs arriver à l'office avec des tracés fantaisistes »
Anaïs Aguillon, directrice de l'office de tourisme de Cauterets, à ICI
Les erreurs sont très concrètes. Certains visiteurs voulaient rejoindre le lac de Gaube, mais la carte produite par ChatGPT les emmenait dans la vallée du Marcadau. Dans d'autres cas, les temps de marche annoncés n'étaient « pas bons du tout ». Un temps de marche faux, c'est un retour calculé trop tard et une fatigue mal anticipée.
Le risque grimpe avec l'altitude. David Marret, guide de haute montagne, est tombé sur un tracé placé « trop à gauche » dans l'ascension du Vignemale, le point culminant des Pyrénées. Pour lui, « cela peut être dangereux ».
L'IA invente quand elle ne sait pas, et une carte ne tolère pas l'invention
Laurent Toustou, chef de service de l'offre et des communs à l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN), rappelle qu'une carte est le fruit de beaucoup d'années d'expérience. En France, on cartographie depuis 300 ans, et l'IGN existe depuis 85 ans. Il faut croiser des données sur les légendes, les tracés et les reliefs. Or les IA généralistes sont peu entraînées à ce travail.
« Et au lieu de dire qu'elles ne savent pas, elles vont inventer, halluciner. »
Laurent Toustou, IGN
Concrètement, vous obtiendrez un tracé qui a l'air plausible plutôt qu'un aveu d'ignorance. C'est là que se niche le danger : rien ne vous signale que le chemin proposé est faux.
Une vraie carte, elle, repose sur un travail de fourmi. Les agents de l'IGN utilisent des photographies satellites réalisées tous les trois ans. Ils s'appuient aussi sur les remontées des pompiers, des mairies, des Conseils départementaux et des fédérations de randonnée.
Une bonne carte sert aussi pendant la marche. Elle permet de réajuster son trajet si l'on est fatigué, de s'adapter, de repérer des points d'eau. Un texte généré à l'avance ne fait rien de tout cela.
Cartes IGN et Ma Rando : deux applications gratuites pour remplacer l'IA
Bonne nouvelle : les alternatives fiables existent, et elles ne coûtent rien. Voici les deux applications gratuites mises en avant par les spécialistes.
| Application | Qui l'a conçue | Ce qu'elle propose |
|---|---|---|
| Cartes IGN | IGN | Plus de 6 000 suggestions de randonnées, cartes accessibles hors ligne, tracé d'itinéraire GPS, événements à proximité. Plus d'un million d'utilisateurs depuis mai 2024. |
| Ma Rando | Fédération française de randonnée | 7 500 parcours sélectionnés par 9 000 baliseurs-collecteurs bénévoles. |
Dans les deux cas, les parcours viennent de structures qui connaissent le terrain. Pour Cartes IGN, la possibilité de consulter les cartes hors ligne compte beaucoup en montagne, où le réseau n'est pas garanti.
D'autres applications existent : Visorando, AlpineQuest et Iphigénie. Elles s'appuient sur le travail de l'IGN, mais leurs versions les plus développées sont payantes.
Une carte papier, un altimètre et une boussole restent dans le sac
Même avec une bonne application, les professionnels ne partent pas les mains vides. Une carte IGN en version papier est recommandée, même si elle est payante. David Marret, guide de haute montagne dans les Pyrénées, explique pourquoi :
« Si on a oublié de prendre une batterie de secours avec son téléphone et que l'on se perd, on peut être bien content d'avoir une carte papier pour trouver une cabane ou un refuge »
David Marret, guide de haute montagne, à ICI
Lui-même utilise toujours un altimètre et une boussole. Voici le minimum à vérifier avant de quitter la voiture :
- une application fiable, avec les cartes déjà utilisables hors ligne ;
- une carte IGN papier de votre secteur ;
- un altimètre et une boussole ;
- une batterie de secours pour le téléphone.
Rien d'exotique là-dedans. Ce sont des objets simples, qui ne tombent pas en panne et ne se trompent pas de vallée.
Se former plutôt que se faire secourir : près de 11 000 euros l'intervention
Patrick Lagleize, président du bureau des guides de Luchon, en Haute-Garonne, insiste sur la formation. Personne ne songerait à rouler sur une route de montagne en apprenant à peine à conduire, ni à plonger sans savoir respirer avec des bouteilles. Pour lui, c'est la même chose pour la randonnée. Il ajoute qu'il faut rester humble devant la montagne, où les humains ne sont que des invités et doivent en apprendre les codes.
Pour se former, des sessions existent auprès des clubs de ski alpin, de la fédération d'escalade ou de la Fédération française de randonnée (FFR).
Les secours s'inquiètent aussi. Anne-Marie Bermejo, présidente de la FFR en Occitanie, constate : « Avec l'IA, les gens se perdent, il faut aller les secourir. » Aujourd'hui, l'intervention est gratuite pour le randonneur. Elle craint que cela change : « s'il y en a de plus en plus, j'ai peur qu'ils deviennent payants ».
L'enjeu financier est réel. Selon la Cour des comptes, une intervention de secours en montagne coûte en moyenne près de 11 000 euros à la collectivité.
Vos questions
Pourquoi ChatGPT se trompe-t-il sur un itinéraire de randonnée ?
Selon l'IGN, les IA généralistes sont peu entraînées à croiser les légendes, les tracés et les reliefs d'une carte. Au lieu d'avouer qu'elles ne savent pas, elles inventent. À Cauterets, certains randonneurs voulaient aller au lac de Gaube et se retrouvaient dirigés vers la vallée du Marcadau.
Quelles applications fiables et gratuites utiliser pour préparer une rando ?
L'application Cartes IGN propose plus de 6 000 suggestions de randonnées, des cartes hors ligne et un tracé GPS. Ma Rando, de la Fédération française de randonnée, regroupe 7 500 parcours sélectionnés par 9 000 baliseurs bénévoles. Visorando, AlpineQuest et Iphigénie s'appuient sur l'IGN, mais leurs versions développées sont payantes.
Les secours en montagne risquent-ils de devenir payants ?
Pour l'instant, l'intervention est gratuite, indique la présidente de la FFR en Occitanie, qui craint qu'elle devienne payante si les secours se multiplient. Selon la Cour des comptes, une intervention coûte en moyenne près de 11 000 euros à la collectivité.
Sources : ici (France Bleu).
