À la foire au fromage de Laruns, la fête a battu son plein, mais l'été sec laisse des traces dans les comptes. Moins d'herbe, moins de lait, des fromages plus gourmands en litres : une famille d'éleveurs chiffre son manque à gagner entre 6 000 et 8 000 euros.

En bref

  • La sécheresse a privé les brebis d'herbe : moins de lait cet été, et des coûts de production en hausse pour les éleveurs.
  • Dans la famille Loustau, la fabrication de fromage s'est arrêtée le 1er août au lieu de la mi-août : 80 fromages perdus.
  • À Louvie-Soubiron, le lait est passé de 35 % à 27 % de matière grasse : 12 litres sont nécessaires pour un kilo.

Le chiffre clé : 6 000 à 8 000 euros de bénéfices perdus par une famille d'éleveurs de brebis en estive cet été.

Une famille d'éleveurs a perdu 80 fromages et jusqu'à 8 000 euros

Laruns a reçu du beau temps et beaucoup de monde pour sa foire au fromage, le rendez-vous des producteurs de brebis, de vache et de chèvre. Mais derrière les stands, une inquiétude revient chez plusieurs éleveurs : l'été a été sec, l'herbe a manqué et la production a diminué.

Chez la famille Loustau, dont les brebis passent l'été en estive près du col du Pourtalet, le calcul est précis. D'ordinaire, on fabrique du fromage jusqu'à la mi-août. Cette année, tout s'est arrêté le 1er août. Par rapport à une année normale, il manque 80 fromages, soit entre 6 000 et 8 000 euros de bénéfices.

Pour une exploitation familiale, c'est un trou net dans la saison. Et le cas n'est pas isolé : d'autres éleveurs, y compris ceux qui ne transhument pas, décrivent les mêmes effets de la chaleur et les mêmes soucis de trésorerie.

Faute d'herbe, les brebis sont passées de deux traites à une

Le mécanisme est simple. Quand l'herbe manque en altitude, les bêtes mangent moins bien et donnent moins de lait. Les Loustau ont d'abord vu leurs brebis produire de moins en moins, puis ils sont passés à une seule traite par jour, contre deux habituellement. Selon la famille, cela ne s'était jamais produit aussi tôt dans la saison.

La fabrication a suivi la même pente. Au plus fort de l'estive, l'exploitation tournait à 4 fromages par jour. Puis 3, puis 2, puis 1 seul. Il a fallu redescendre les bêtes de l'estive et arrêter la production deux semaines plus tôt que prévu.

« On a perdu beaucoup de rendement en fromage »

Armand, 19 ans, qui travaille avec ses parents sur l'exploitation, a raconté la saison à France Bleu pendant la foire.

Pour un berger, redescendre plus tôt, c'est aussi renoncer à des semaines de vente. Les fromages d'estive se fabriquent une fois par an, sur une période courte : chaque jour de moins se paie ensuite sur toute l'année.

À 40 degrés, le lait s'appauvrit et il en faut plus pour chaque kilo

La sécheresse n'a pas touché que les troupeaux d'estive. À Louvie-Soubiron, Yann Mondot, éleveur qui ne transhume pas, a vu la chaleur agir sur ses animaux : « Quand il fait 40 degrés, les animaux ne mangent pas. Ça se retrouve dans la qualité du lait. »

Conséquence directe : un lait moins gras. Il est passé de 35 % à 27 % de matière grasse. Or moins de gras dans le lait, c'est moins de fromage au final. Il faut désormais 12 litres de lait pour obtenir un kilo, contre 10 habituellement, soit 2 litres de plus à chaque fois.

Voici les écarts rapportés par les deux exploitations :

RepèreAnnée habituelleCet été
Matière grasse du lait (Louvie-Soubiron)35 %27 %
Lait pour 1 kg de fromage10 litres12 litres
Traites par jour (famille Loustau)21
Fin de la fabrication (famille Loustau)Mi-août1er août

Autrement dit, les éleveurs produisent moins de lait, et ce lait rend moins de fromage. Le double effet pèse sur le chiffre d'affaires comme sur la marge.

La facture d'énergie s'alourdit aussi dans les caves d'affinage

Les pertes ne se limitent pas au volume. Yann Mondot le résume : la facture s'alourdit côté énergie, car il a fallu produire du froid pour les caves d'affinage. Quand il fait très chaud dehors, garder un fromage à bonne température coûte plus cher.

C'est la logique des coûts de production qui ont grimpé cet été, comme le disent les éleveurs présents à la foire. Moins de fromage à vendre, plus de lait par kilo, plus d'électricité pour l'affinage : les trois postes jouent dans le même sens, celui d'une marge qui se réduit.

Aucun chiffre global n'a été avancé pour l'ensemble des producteurs de la vallée. Les montants connus sont ceux des exploitations qui ont témoigné, et ils suffisent à mesurer l'ampleur du choc pour une petite structure.

Ce que cela change pour le fromage d'estive que vous achetez

Pour vous qui achetez du fromage de brebis, de vache ou de chèvre en vallée d'Ossau, le premier effet est sur les quantités. Une fabrication arrêtée deux semaines plus tôt, c'est mécaniquement moins de pièces issues de l'estive. À la foire comme chez les producteurs, il peut donc être utile de ne pas trop attendre pour faire ses achats.

Les éleveurs n'ont pas annoncé de hausse de prix à Laruns. Ils parlent surtout de rendement perdu, de lait moins riche et de charges en hausse. Le risque pour eux est de devoir absorber seuls ces écarts, d'où l'intérêt de la vente directe, qui leur laisse la marge.

Reste une certitude : la foire de Laruns a joué son rôle de vitrine, mais elle a aussi servi de tribune. Derrière le fromage sur l'étal, il y a une saison d'estive écourtée, des traites supprimées et une année à équilibrer.

Vos questions

Pourquoi la production de fromage a-t-elle baissé cet été à Laruns ?

La sécheresse a laissé les brebis sans assez d'herbe, donc elles ont donné moins de lait. Chez la famille Loustau, on est passé de deux traites à une, et la fabrication a dû s'arrêter le 1er août au lieu de la mi-août.

Combien cette sécheresse a-t-elle coûté à une famille d'éleveurs ?

La famille Loustau, qui monte ses brebis en estive près du col du Pourtalet, a perdu 80 fromages par rapport à une année normale. Cela représente entre 6 000 et 8 000 euros de bénéfices en moins.

Pourquoi faut-il plus de lait pour faire un kilo de fromage ?

Avec la chaleur, les animaux mangent moins et le lait devient moins gras. À Louvie-Soubiron, la matière grasse est passée de 35 % à 27 %, si bien qu'il faut 12 litres de lait pour un kilo, contre 10 habituellement.

Sources : ici (France Bleu).